DOSSIER - LIRE ET ECRIRE
Les épreuves ont été passées en janvier 2010.
Comme en 2009, l’évaluation comporte une série d’exercices en Français et une série en Mathématiques, notées respectivement sur 60 et sur 40.
Les principales innovations
Outre les corrections de quelques défauts mineurs de la version 2009, une innovation marquante est relative à la notation, une autre à l’esprit du livret de l’enseignant.
Notation.
Sachant que l’évaluation comporte au total l’attribution de 100 points, la notation 2009 était claire : 1 ou 0. La note 1 pouvait dans beaucoup de cas être obtenue en l’absence d’une réponse complète et exacte, car d’une part il y avait des marges de tolérance, et d’autre part certains exercices laissaient au correcteur une latitude d’appréciation.
En 2010, on a cru utile d’ajouter une note 9
1 : réponse conforme à la consigne
9 : autre réponse (donc fausse)
0 : pas de réponse
Les consignes de notation ont été revues pour présenter chaque fois que possible, plusieurs bonnes réponses ; des tolérances subsistent dans plusieurs … (par exemple la note 1 est donnée pour 5 réponses correctes aux 6 questions d’un même exercice).
Livret de l’enseignant.
Aux consignes de notation proprement dite, se sont ajoutés, pour chaque exercice, de longs commentaires censés donner les raisons des erreurs possibles.
Souvent les causes sont triviales et certainement bien connues des maîtres : élèves de CM2 manifestant une lenteur en déchiffrage (!) (item54), en lecture (items 56 et 57), dans la lecture d’une consigne simple (item 90), une lenteur excessive en écriture (item 50), un élève ignorant les tables de multiplication, etc…
Dans d’autres cas, les auteurs signalent des confusions possibles, des erreurs de raisonnement.
Sans nier l’intérêt d’un tel travail, nous espérons que cela ne marque pas le début d’une régression, le retour aux évaluations « diagnostiques » et l’abandon progressif de l’évaluation des connaissances, simple constat sans interprétation obligée, qu’elle soit individuelle ou collective.
Les anomalies persistantes
. La principale est la passation au mois de janvier, à première vue inexplicable.
La raison se trouve vraisemblablement dans la volonté d’éviter tout rapprochement avec l’idée (détestable !) d’un examen d’entrée en 6ème, ou la crainte que l’évaluation en fin de CM2 soit utilisée pour orienter à l’entrée en 6ème. C’est un autre débat.
Quelle que soit la véritable raison de cette bizarrerie, l’exploitation « diagnostique » de l’évaluation fournit un prétexte bien venu : informés dans le détail des lacunes de leurs élèves, les maîtres disposeraient encore de 5 mois pour y remédier.
C’est irréaliste, en 2010, pour beaucoup d’élèves et même pour des classes entières : ce n’est pas en 5 mois que le maître pourra rattraper des retards et redresser des erreurs provoquées par plus de 4 ans de scolarité inadaptée.
. Une autre anomalie, déjà signalée en 2009, est de proposer aux élèves de simples lignes pour écrire, et des cadres vides pour leurs calculs. Même si c’est courant dans les manuels et dans la pratique de beaucoup d’enseignants, le ministère devrait montrer l’exemple et proposer des réglures dans les zones d’écriture, plus des réglures verticales dans les zones de calcul. En effet, dans la pratique du calcul posé, les colonnes représentent les niveaux successifs du système décimal. Ce n’est pas à nos yeux une question mineure.
L’évaluation comporte 19 exercices de français et 19 de mathématiques.
Certains exercices donnent lieu à l’attribution de 2 ou plusieurs points, pour un total de 100. Les « items » désignent une réponse à un exercice qui reçoit la note unique 1 ou 9 ou 0.
Comme en 2009, nous avons cherché à situer chaque item par rapport au niveau du programme 2008 (en CE1 ou CE2 ou CM1 ou CM2), cela en prenant en compte la nature de l’exercice et la consigne de notation.
Quelques exemples
Français
. – Exercice 2 : rédaction (20 minutes)
Le livret de l’enseignant place cet exercice sous la référence « Rédiger différents types de textes, d’au moins 2 paragraphes en veillant à leur cohérence, en évitant les répétitions, et en respectant les contraintes syntaxiques et orthographiques ainsi que la ponctuation ».
Cette spécification figure au programme de CM2.
La notation comporte 7 items (aucun ne reprend l’exigence de 2 paragraphes au minimum et donc la rapidité de l’écriture, indispensable au collège).
L’item 16 est « l’orthographe grammaticale est respectée (les accords sont réalisés dans les cas simples : proximité déterminant /nom, adjectif/nom ; proximité sujet/verbe et absence d’inversion du sujet ».
L’application de ces règles (et non leur simple connaissance) figure au programme de de CE2, donc l’item est au niveau CE2.
Enfin, à propos de cet item, les rédactions des commentaires se placent en contradiction avec la référence mentionnée plus haut, puisqu’ils affirment « un élève de cours moyen peut en effet connaître les règles élémentaires de l’orthographe lexicale et grammaticale, et ne pas les appliquer en situation de production … (le jargon ne perd pas ses droits)
. Exercice 15 – Copie (10 minutes)
La référence donnée pour cet exercice « Copier sans erreur un texte d’au moins quinze lignes en lui donnant une présentation adaptée » figure au programme de CM2.
Mais le texte fait 7 lignes, dont 3 demi-lignes et 4 quarts-de-ligne.
L’item 50 : « la copie est complète et les mots sont correctement orthographiés » est du niveau CE2 (ou CE1)
. Exercice 18
Référence : « Définir un mot en utilisant un terme générique adéquat et en y ajoutant les précisions spécifiques à l’objet défini ». (programme de CM2)
Or l’exercice présente 4 mots (ballon – bois – cour – court) et 8 définitions correctes à raison de 2 par mot. On demande à l’élève de trouver les 2 définitions correctes de chaque mot. L’exercice est donc à l’inverse de la référence fournie.
Le classement des items 56 et 57 au niveau CM1 est un maximum pour respecter une progression entre les programmes de CM1 et CM2.
Mathématiques.
. Exercice 7 – Table de multiplication
La référence fournie ‘Connaître les résultats des tables de multiplication et les utiliser pour retrouver les facteurs d’un produit » ne figure pas au tableau synoptique des programmes CE2 CM1 CM2.
L’exercice consiste en une dictée de 10 produits de 2 nombres inférieurs à 9, dont l’élève doit écrire les résultats dans des cases.
La connaissance des tables de multiplication et le calcul mental de produits est au programme de CE2.
Item 74 : la note 1 est attribuée pour 9 bonnes réponses.
. Exercice 9
L’énoncé est simple. La réponse attendue est le résultat de la division de 300 par 24.
Un cadre non réglé de 16 cms x 5,5 cms est prévu pour « les calculs ».
La division posée n’est pas demandée explicitement.
Item 76 : note 1 si la division a été correctement posée ou si une autre « démarche » recevable a été mise en œuvre. » Nous supposons que les autres démarches recevables sont des additions successives ou des multiplications et in fine un raisonnement sur le reste inférieur à 24.
La note 1 peut être attribuée même si les calculs sont faux.
Le résultat mathématique donne 1 point à l’item suivant 77
Nous classons au niveau CM1 les deux items car les nombres décimaux apparaissent au programme en CM1, ainsi que la division décimale de deux entiers, et que le partie décimale du quotient 12,5 correspond à la moitié de l’unité.
Cet exercice appelle 2 remarques :
- La réponse demandée est un prix (item 77). La consigne de notation accepte des réponses purement numériques sans mention de l’unité (l’euro). C’est à notre avis une aberration, même en CE1.
- Dans cet exercice comme dans d’autres, les auteurs acceptent de voir représenter une « démarche » par des calculs quelconques ou dessins placés n’importe où dans le cadre. Nous supposons qu’ensuite l’enseignant essaie de retrouver dans ces dessins ou calculs la trace d’un raisonnement logique.
Si l’élève se borne à placer dans le cadre une division correctement posée, on ne sait pas s’il a raisonné ou s’il a appliqué une procédure acquise par cœur qui se trouve aboutir par hasard au bon calcul.
Un progrès considérable sera réalisé le jour où, au lieu d’une « démarche » constructiviste, on demandera à l’élève de présenter par écrit un raisonnement.
. Exercice 17
Il s’agit de calculer l’aire d’un rectangle dont sont exclus 4 carrés égaux placés dans les angles. Les mesures données sur le dessin sont inférieurs à 9, et par conséquent les calculs sont des calculs mentaux (niveau CE2) ou en ligne.
Cependant on retrouve la cadre vide avec la mention « Fais tes calculs ici », et l’on ne demande pas de rédiger le raisonnement.
Les formules de l’aire du carré et du rectangle sont au programme de CM2, mais parmi les « démarches recevables » à l’item 91, est mentionné le quadrillage en carrés de 1×1, et donc un comptage.
La mesure des aires par un réseau quadrillé est au programme de CM1.
A noter que l’item 95 appelle une réponse exacte avec l’unité (m2).
Comme dans tous les items analogues, on a dispensé l’élève d’écrire entièrement la réponse, il lui suffit de placer le nombre et l’unité sur un pointillé. Malgré cela, on attribue 1 point à cet item si la réponse exacte ne se trouve que dans le cadre réservé au calcul.
La consigne ne dit pas si la note est 1 lorsqu’on trouve dans le cadre le nombre exact sans mention de l’unité d’aire.
. Exercice 18
Item 97. Erreur dans la consigne de réponse. Le résultat attendu est le quotient de 100 par 102.
On accepte les réponses 1 ou 0,99 ou 0,98 ou 99 centimes d’euros ou 98.
Les réponses 99 et 0,99 sont fausses, la réponse 98 sans unité n’est pas acceptable.
La réponse 1 le serait, car d’après les auteurs du commentaire, une « notion d’approximation » s’appliquerait, alors qu’elle n’est pas mentionnée dans l’énoncé du problème.
. Nous constatons avec satisfaction que, dans cet exercice, comme dans l’exercice 19, il est demandé à l’élève d’expliciter son raisonnement.
. Nous apprécions aussi qu’aucun exercice ne comporte l’usage d’une calculatrice, usage figurant malheureusement dans les programmes.
Nouveaux programmes 2008 Nb items Nb items
2009 2010
Français CE1-CE2 11 18
CM1 28 29
CM2 21 13
___ ___
60 60
Maths CE1-CE2 17 11
CM1 16 23
CM2 7 6
___ ___
40 40
Comme on l’a vu, il n’est pas toujours simple de classer un item par rapport aux programmes.
D’autre part, des exercices plus ou moins faciles peuvent se référer à la même mention du programme d’une année.
Néanmoins, il apparaît en français un glissement vers des niveaux plus faibles, ce qui s’explique en partie par le fait que, parmi les changements apportés aux épreuves 2009, le ministère a accepté d’exclure les questions et réponses « relevant strictement du CM2″.
Nous considérons ce glissement comme très regrettable, car de nature à fausser l’appréciation des évolutions.
En mathématiques, le constat serait plutôt à une élévation du niveau des exercices.
NOTA. A propos du niveau général des évaluations, rappelons que nous approuvons le fait qu’il soit très inférieur à celui de CM2. On pourrait concevoir qu’une évaluation en fin de CM2 ne comporte que des exercices du niveau CM2, rigoureusement notés et d’une difficulté normale, au lieu d’être très faciles comme certains des exercices de la version actuelle. Mais, compte tenu du niveau moyen actuel en fin d’enseignement primaire, cela conduirait à des résultats extrêmement faibles pour plus de la moitié des élèves, qui n’y sont pour rien parce que c’est l’enseignement qu’ils ont reçu qui est en cause. Ce ne serait ni souhaitable ni réaliste.
Trop beaux pour être vrais ! Le battage médiatique des opposants et « désobéisseurs », les appels au sabotage des épreuves, avaient porté leur fruit : les résultats 2009 étaient mirobolants.
En 2010, le public a été moins sollicité, les choses se sont passées dans une discrétion relative. Cependant le conte de fées se poursuit.
Français La grille de présentation des notes a été modifiée.
2009 2010
Acquis insuffisants 19 et moins 9 % 16 et moins 7 % des élèves
Acquis fragiles 20 à 29 18 % 17 à 28 20 %
Bons acquis 30 à 39 29 % 29 à 39 30 %
Acquis solides 40 à 60 44 % 40 à 60 43 %
La nouvelle grille est plus indulgente, surtout pour les plus faibles. Nous n’en connaissons pas la justification. Cependant les résultats sont globalement comparables.
L’analyse des épreuves et de leur notation, à laquelle nous nous sommes livrés, montre que l’évaluation 2010 est d’un niveau plus faible que celle de 2009. Pour que les notes soient comparables, il faudrait que le niveau des élèves ait baissé. Nous croyons surtout que les évaluations ne sont pas fiables, comme on le verra plus loin.
Mathématiques
La grille de présentation des résultats a été profondément modifiée.
Sur 40 2009 2010
13 et moins 10 % 9 et moins 13 %
14 à 19 15 % 10 à 15 20 %
20 à 26 28 % 16 à 23 32 %
27 à 40 47 % 24 à 40 35 %
Les comparaisons directes sont impossibles, mais il est clair que le niveau des notes est beaucoup plus faible.
L’analyse des épreuves et de leur notation montre un niveau de difficulté des exercices dans l’ensemble plus élevé. Serait-ce la cause de la baisse des résultats ?
Conclusion provisoire
Nous avons affirmé, et nous maintenons, que les résultats officiels de 2009 étaient très surévalués. Nous en avions donné les raisons.
En 2010, les raisons exactes sont plus difficiles à détecter. Les épreuves et la grille de notation des résultats ont été modifiés, le niveau global des épreuves a changé ; le traitement statistique des données brutes a lui aussi changé, puisque « Les résultats sont calculés sur la base d’une analyse statistique réalisée par le ministère à partir d’un échantillon représentatif. Ils garantissent la possibilité d’une comparaison avec les résultats de 2009 (sic!) ». Enfin toutes ces opérations se sont déroulées dans la discrétion.
En tout état de cause, nous ne voyons pas pour quelles raisons les résultats réels de 2010 seraient très différents de ceux de 2009. Par exemple, les élèves de CM2 2009-2010 sont entrés en CP en septembre 2005, à un moment où la tendance lourde était à la baisse des résultats. Les nouveaux programmes 2008 n’ont été que très partiellement appliqués en 2008-2009, ce qui d’ailleurs pour ces élèves, ne concerne que la classe de CM1.
Le fait que le taux de « remontée » des résultats soit de 90 % contre 79 % en 2009, positif en soi, aurait dû provoquer une baisse des résultats, si, comme nous le pensons, les informations non remontées concernent surtout les classes les plus faibles.
Enfin, il est évidemment impossible d’évaluer l’importance de pratiques telles que la « préparation » des exercices avant la passation officielle.
Considérons comme positifs le fait que les évaluations semblent entrer dans les habitudes, et surtout que les maîtres consciencieux et scrupuleux puissent retirer d’utiles enseignements des épreuves telles qu’elles sont et des résultats de leurs propres élèves.
evalcm22010enseignant.pdf
evalcm22010eleve.pdf